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Reconversion réussie: interview d’Alessia Lorenzini

"La reconversion peut sembler être une immense montagne à gravir, le défi est de voir la montagne telle qu’elle est, c’est-à-dire accessible."


Alessia Lorenzini est juriste de formation. Après quelques années passées dans une multinationale où elle était spécialiste en propriété intellectuelle, son parcours a pris une direction qui peut sembler toute autre, celle de la réinsertion professionnelle, de la formation et du management.



Photo ©Julie Masson


Pouvez-vous nous parler de votre parcours initial?

Juriste de formation, j’ai travaillé 5 ans dans une multinationale dans le domaine de la propriété intellectuelle. En plus de mon travail juridique, j’ai eu le plaisir de former les apprenti.es employé.es de commerce du département ainsi que de sensibiliser lors de formation des équipes marketing aux principes juridiques nécessaires à leur travail. C’était pour moi les prémices de la transmission et de ma future activité.



« … La grande question de la reconversion s’est (im)posée à moi. Je me souviens avoir ressenti un mélange d’excitation et de grande anxiété face à l’inconnu. »



Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre réorientation professionnelle ?

Après 5 années dans cette multinationale, j’avais le sentiment d’avoir « fait le tour » et commençais à réaliser que les perspectives de carrière qui s’offraient à moi étaient limitées, surtout sans le brevet d’avocate, et ne me faisaient pas vibrer. La vie étant bien faite, j’ai eu l’opportunité de partir en Allemagne dans une PME munichoise comme cheffe de projet dans le but de développer puis gérer une plateforme de services destinés à des juristes en propriété intellectuelle. De retour en Suisse après 1 an de cette super aventure qui a pris fin suite à l’arrêt prématuré du projet, la grande question de la reconversion s’est (im)posée à moi. Je me souviens avoir ressenti un mélange d’excitation et de grande anxiété face à l’inconnu. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire, je savais seulement qu’être juriste n’était plus une option. Le coaching avec Joanna m’a permis d’identifier mes compétences transversales, mes forces, de mieux comprendre ce qui m’éclatait dans mon travail, et ainsi de gagner en clarté vis-à-vis des autres et de moi-même. Le domaine de la réinsertion professionnelle s’est révélé être la voie à suivre. Il me donnait la possibilité d’assouvir mon envie de transmettre et de fédérer, ainsi que ma curiosité et cet enthousiasme que j’ai depuis toujours de découvrir des personnes et des univers différents.



« Ma force, je crois, a été de rester attentive aux opportunités et d’avoir osé. J’ai toujours eu cette devise de « J’ai peur mais j’y vais ». »



Le secteur où vous souhaitez aller est défini, comment vous y êtes-vous prise pour avancer ?

J’ai abordé cela comme un projet. Tout d’abord comprendre le marché et comment il fonctionne. Ma première étape a été d’aller à la rencontre de personnes du domaine tel.le.s que psychologues du travail, des conseillers ORP ou des job coachs. En découvrant leur parcours et leur environnement, j’ai pu définir mon objectif final et un plan d’actions pour y parvenir. J’ai notamment rapidement identifié qu’avoir une expérience en RH, au sens large du terme, était un bon départ. J’ai ainsi obtenu un poste de conseillère en recrutement dans une agence de placement et fait du placement fixe pendant un temps. Cette expérience m’a permis de mieux connaître le marché du travail, d’apprendre les processus RH, dont les techniques d’entretien, tout en développant mon réseau.

Grâce à ce poste, j'ai décroché mon premier emploi dans l’insertion en tant que job coach. Le virage était pris. Durant 2 ans, j’ai eu le plaisir de soutenir des bénéficiaires de l’assurance chômage ou de l’aide sociale vers leur retour à l’emploi en me formant en parallèle. Désireuse d’utiliser mes compétences managériales et de les développer, j’ai eu la chance d’être engagée en qualité de responsable équipe sociale dans un grand centre de formation spécialisé pour adultes et jeunes adultes ayant une atteinte à la santé ou en difficulté socio-économique.

Le poste de directrice adjointe régionale que j’occupe à Innopark depuis quelques mois a vraiment été une opportunité que j’ai su saisir alors que je n’étais pas en recherche active. En découvrant l’offre d’emploi, il est devenu clair que c’était la prochaine étape: occuper un poste de direction dans un centre de formation.


Y a-t-il eu des freins à votre reconversion professionnelle ?

Ma force, je crois, a été de rester attentive aux opportunités et d’avoir osé. J’ai toujours eu cette devise de « J’ai peur mais j’y vais ». Je dirais toutefois que mon frein principal est le fameux syndrome de l’imposteur que j’apprivoise petit à petit. Nous avons finalement toutes et tous nos obstacles intérieurs, il est simplement important de les identifier et de les accepter pour ainsi mieux les appréhender.

Un autre aspect, bien que pas réellement un frein mais néanmoins une difficulté pour moi, c’est la sensation de devoir courir après le temps, comme si je devais le rattraper. En effet, en faisant un « retour en arrière » en me formant à un nouveau métier, j’ai fait des sacrifices notamment financiers mais aussi en termes de carrière ; et j’avais envie de rapidement trouver un poste qui me permettait d’avoir le niveau de responsabilités et de vie que je souhaitais.



« Quand on pense « reconversion professionnelle », on pense souvent à un virage à 180°. Mais dans la plupart des cas, c’est simplement donner une autre dimension à ce que l’on fait, ce que l’on aime, ce qu’on est devenu avec les années. »



Comment voyez-vous la suite ?

Je pense avoir trouvé ma voie et un endroit qui me nourrit, qui me donne la possibilité de développer de nouveaux services, de faire de l’amélioration continue, de fédérer et de coordonner des équipes ou des projets tout en ayant un lien encore fort avec le terrain.

Mon souhait pour la suite est de développer les activités d’Innopark avec de nouvelles prestations tant au niveau cantonal que national, par exemple en montant une mesure de A à Z.


Des conseils pour les personnes qui souhaitent entreprendre une reconversion professionnelle ?

Quand on pense « reconversion professionnelle », on pense souvent à un virage à 180°. Mais dans la plupart des cas, c’est simplement donner une autre dimension à ce que l’on fait, ce que l’on aime, ce qu’on est devenu avec les années. La reconversion peut sembler être une immense montagne à gravir, le défi est de voir la montagne telle qu’elle est, c’est-à-dire accessible. Prendre le temps de définir son objectif et prendre conscience de toutes les compétences que l’on possède déjà est important. Je pense également que l’identification de ses propres freins est primordial afin de pouvoir les dépasser.


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